mercredi 30 décembre 2020

ACCORDS DE COOPERATION MILITAIRE MALI-FRANCE

 Le Président de la République,

Sur le rapport du Premier ministre et du ministre d'État, ministre des affaires étrangères,

Vu les articles 52 à 55 de la Constitution;

Vu la loi no 87-933 du 18 novembre 1987 autorisant l'approbation d'un accord de coopération militaire technique entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali (ensemble un échange de lettres des 8 et 28 juillet 1986);

Vu le décret no 53-192 du 14 mars 1953 modifié relatif à la ratification et à la publication des engagements internationaux souscrits par la France,


    Article

    Décrète:


    Article

    Art. 1er. - L'accord de coopération militaire technique entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali signé à Bamako le 6 mai 1985 (ensemble un échange de lettres en date des 8 et 28 juillet 1986), sera publié au Journal officiel de la République française.


    Article

    Art. 2. - Le Premier ministre et le ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal offficiel de la République française.


    Article


    ACCORD

    DE COOPERATION MILITAIRE TECHNIQUE ENTRE LE GOUVERNEMENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE ET LE GOUVERNEMENT DE LA REPUBLIQUE DU MALI (ENSEMBLE UN ECHANGE DE LETTRES EN DATE DES 8 ET 28 JUILLET 1986)

    Le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali,

    Guidés par la volonté de consolider et de développer les relations entre la République française et la République du Mali sur la base de l'égalité des droits, du respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité territoriale et de la non-ingérence de chaque pays dans les affaires intérieures de l'autre,

    Désireux de contribuer efficacement au renforcement de la capacité de défense de la République du Mali,

    Décident d'étendre leurs rapports de coopération au niveau de leurs Forces Armées,

    pour ce faire, ils sont convenus de ce qui suit:



    C HAPITRE Ier


    Assistance militaire technique


    Article 1er


    a) Le Gouvernement de la République française met, dans la mesure de ses moyens, à la disposition du Gouvernement de la République du Mali les personnels militaires français dont le concours est demandé par le Gouvernement de la République du Mali pour l'organisation et l'instruction de ses Forces Armées;

    b) Les personnels militaires français sont mis à la disposition du Gouvernement de la République du Mali après accord du Gouvernement de la République du Mali pour une durée fixée conformément à la réglementation française sur les séjours à l'extérieur, cette durée pouvant être augmentée ou réduite d'un commun accord entre les Gouvernements. Tout changement d'affectation en cours de séjour est arrêté d'un commun accord. Le Gouvernement de la République du Mali et le Gouvernement de la République française peuvent l'un et l'autre, après consultation, prendre l'initiative de la relève d'un assistant militaire en cours de séjour;

    c) Les personnels militaires français sont affectés à une formation dite "Mission d'Assistance Militaire" qui relève de l'Ambassade de France et qui est placée sous l'autorité d'un chef de Mission d'Assistance Militaire;

    d) Ces personnels reçoivent satisfaction de tous leurs droits à solde et indemnités diverses par l'autorité française. La charge de ces dépenses incombe au Gouvernement français sauf en ce qui concerne les indemnités pour frais de déplacement résultant de l'exécution du service qui sont à la charge du Gouvernement de la République du Mali.



    Article 2


    a) Les personnels militaires français servent dans les Forces Armées maliennes avec le grade de la hiérarchie de ces Forces Armées correspondant à celui dont ils sont titulaires dans les Forces Armées françaises. Ils revêtent l'uniforme français ou la tenue civile suivant les instructions de l'autorité malienne;

    b) Ils sont soumis aux règles de la discipline générale en vigueur dans les Forces Armées maliennes, sous réserve des dispositions inhérentes au statut qui est le leur dans la réglementation française;

    c) Les personnels militaires français servant dans les Forces armées maliennes ont pour obligation le respect des lois et de la réglementation en vigueur dans la République du Mali;

    d) Ils ne peuvent, en aucun cas, prendre part à la préparation et à l'exécution d'opérations de guerre, de maintien ou de rétablissement de l'ordre ou de la légalité.



    Article 3


    a) Les appréciations portées par les autorités maliennes sur la manière de servir des militaires français mis à leur disposition sont adressées au Gouvernement français;

    b) En cas d'indiscipline ou de faute professionnelle, ils n'encourent de la part du Gouvernement malien d'autre sanction que la remise motivée à la disposition du Gouvernement français, assortie, s'il y a lieu, d'une demande de sanction. Les dispositions du présent alinéa ne font pas obstacle à la mise en jeu par les autorités françaises des procédures disciplinaires prévues par le statut des intéressés. Le Gouvernement français est tenu de faire connaître aux autorités maliennes la suite donnée auxdites procédures; c) Les personnels militaires français en service dans les Forces Armées maliennes sont employés par le commandement malien selon les règles traditionnelles de leur arme ou service. Toutes les décisions les concernant sont portées à la connaissance de l'Ambassade de France en République du Mali; de même, toutes dispositions les concernant prises par les autorités françaises sont portées à la connaissance des autorités maliennes;

    d) L'examen des problèmes concernant la situation des personnels militaires français au regard de leur statut peut faire l'objet de missions des autorités françaises. Les conditions dans lesquelles s'accomplissent ces missions sont fixées par entente entre les deux Gouvernements.



    Article 4


    a) Le Gouvernement de la République du Mali prend à sa charge la réparation des dommages causés par les personnels militaires français dans l'exercice et à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions. En cas d'action judiciaire intentée à l'occasion de tels dommages, le Gouvernement de la République du Mali se substitue dans l'instance aux personnels militaires français mis en cause;

    b) Au cas où le dommage résulterait d'une faute personnelle, le Gouvernement de la République du Mali pourra en demander réparation au Gouvernement de la République française.

    c) En cas de dommage subi dans le service ou à l'occasion du service par des militaires français hormis le cas de faute personnelle, le Gouvernement de la République du Mali versera des indemnités équitables. Les demandes d'indemnité seront transmises au Gouvernement de la République du Mali à la diligence du Gouvernement de la République française.



    Article 5


    a) Dans le cadre de modalités à définir d'un commun accord, le Gouvernement de la République du Mali fournit gratuitement aux personnels militaires français mis à sa disposition les logements meublés qui leur sont nécessaires pour eux-mêmes et pour leur famille. Ces logements doivent correspondre à l'indice de rémunération des personnels;

    b) Le Gouvernement de la République du Mali assure à ces personnels et à leur famille les soins médicaux et hospitaliers dont ils pourraient avoir besoin, identiques à ceux qui sont accordés à ses propres personnels militaires;

    c) Les personnels visés par le présent Accord peuvent importer en franchise leurs effets personnels d'usage courant; ils peuvent importer ou acquérir sous le régime de l'admission temporaire du mobilier et un véhicule privé à leur usage personnel. Ils peuvent les exporter dans les mêmes conditions à leur départ définitif;

    d) Ces personnels jouissent du droit de transférer librement sur la France le montant des économies réalisées sur les rémunérations et indemnités afférentes à leur emploi et lors de leur rapatriement définitif, le produit de la vente éventuelle en République du Mali de leur véhicule, biens mobiliers et effets personnels après acquittement des droits de douane afférents.



    Article 6


    Dans l'exercice de leur fonction, les personnels militaires français mis à la disposition du Gouvernement de la République du Mali reçoivent de ce Gouvernement l'aide et la protection qu'il accorde aux personnels de ses propres Forces Armées.



    Article 7


    a) Les juridictions maliennes sont compétentes pour connaître les infractions commises par les personnels militaires français placés sous le commandement malien.

    Cependant, en cas d'infraction aux lois maliennes commise par les militaires français dans le service ou à l'occasion du service, les auteurs desdites infractions sont remis immédiatement à l'Ambassade de France en République du Mali qui procède à leur rapatriement en France, où seront engagées à leur encontre toutes poursuites utiles.

    Le Gouvernement de la République française est tenu d'informer le Gouvernement de la République du Mali des suites judiciaires données à l'affaire.

    b) En cas d'infraction aux lois maliennes passible d'une peine d'emprisonnement ou d'une peine plus grave commise en dehors du service par les personnels militaires français et les membres de leur famille, les auteurs déférés devant une juridiction malienne et dont la détention est jugée nécessaire sont assignés à résidence dans un lieu fixé d'un commun accord entre les autorités françaises et les autorités maliennes en vue de leur comparution devant les autorités judiciaires maliennes compétentes.

    c) Les personnels militaires français ou les membres de leur famille condamnés à une peine d'emprisonnement ou à une peine plus grave par les juridictions maliennes sont remis à l'Ambassade de France aux fins de rapatriement et purgeront leur peine dans les locaux pénitentiaires français. Le Gouvernement français est tenu d'informer le Gouvernement de la République du Mali des lieu et conditions d'exécution des peines.

    d) Sont décidées selon la législation française sur l'avis du parquet établi près la juridiction malienne qui a prononcé la condamnation les commutations, réductions et remises gracieuses, libérations conditionnelles et autres modalités d'exécution des peines. Les décisions sont notifiées par le Gouvernement français au parquet établi près la juridiction malienne ayant prononcé la condamnation.



    C HAPITRE II


    Formation et perfectionnement


    des cadres des Forces Armées maliennes


    Article 8


    a) Le Gouvernement de la République française assure, dans la limite de ses moyens, la formation et le perfectionnement des cadres des Forces Armées maliennes dans les écoles militaires françaises et prend à sa charge les frais résultant du transport du Mali en France et retour, de l'instruction des stagiaires, d'une partie des frais d'entretien (logement et alimentation en mileu militaire, cotisation de sécurité sociale), à l'exception des dépenses de solde et des frais d'entretien non pris en charge par la France (habillement, alimentation hors milieu militaire).

    Ces dernières dépenses restent à la charge du Gouvernement de la République du Mali.

    b) Le Gouvernement de la République française assure aux stagiaires maliens, à titre gratuit, les soins médicaux et hospitaliers au même titre et dans les mêmes conditions qu'aux membres des Forces Armées françaises, au sein des formations hospitalières militaires;

    c) Les stagiaires maliens ont pour obligation le respect des lois et de la réglementation en vigueur dans la République française ainsi que celui des règles de discipline générale en vigueur dans les Forces Armées françaises sous réserve des dispositions inhérentes au statut qui est le leur dans la réglementation malienne;

    d) En outre, ils ne peuvent, en aucun cas, prendre part à la préparation et à l'exécution d'opérations de guerre, de maintien ou de rétablissement de l'ordre ou de la légalité;

    e) Les appréciations portées par les autorités françaises sur la manière de servir des stagiaires maliens sont adressées directement au Gouvernement malien;

    f) L'examen des problèmes concernant la situation des stagiaires militaires maliens au regard de leur statut peut faire l'objet de missions des autorités maliennes. Les conditions dans lesquelles s'accomplissent ces missions sont fixées par entente entre les deux gouvernements.



    Article 9


    a) Les juridictions françaises sont compétentes pour connaître les infractions commises par les stagiaires maliens.

    Cependant, en cas d'infraction aux lois françaises commise par les stagiaires maliens dans le service ou à l'occasion du service, les auteurs desdites infractions sont remis immédiatement à l'Ambassade du Mali en France qui procède à leur rapatriement au Mali, où seront engagées à leur encontre toutes poursuites utiles.

    Le Gouvernement de la République du Mali est tenu d'informer le Gouvernement de la République française des suites judiciaires données à l'affaire;

    b) En cas d'infraction aux lois françaises passible d'une peine d'emprisonnement ou d'une peine plus grave commise en dehors du service par les stagiaires militaires maliens et les membres de leur famille, les auteurs déférés devant une juridiction française et dont la détention est jugée nécessaire sont assignés à résidence dans un lieu fixé d'un commun accord entre les autorités maliennes et les autorités françaises en vue de leur comparution devant les autorités judiciaires françaises compétentes;

    c) Les stagiaires militaires maliens ou les membres de leur famille condamnés à une peine d'emprisonnement ou à une peine plus grave par les juridictions françaises sont remis à l'Ambassade du Mali aux fins de rapatriement et purgeront leur peine dans les locaux pénitentiaires maliens. Le Gouvernement de la République du Mali est tenu d'informer le Gouvernement de la République française des lieux et conditions d'exécution des peines;

    d) Sont décidées selon la législation malienne sur l'avis du parquet établi près la juridiction française qui a prononcé la condamnation les commutations, réductions et remises gracieuses, libérations conditionnelles et autres modalités d'exécution des peines. Les décisions sont notifiées par le Gouvernement de la République du Mali au parquet établi près la juridiction française ayant prononcé la condamnation;

    e) Le Gouvernement de la République française prend à sa charge la réparation des dommages causés par les stagiaires militaires maliens dans et à l'occasion du service. En cas d'action judiciaire intentée à l'occasion de tels dommages, le Gouvernement de la République française se substitue dans l'instance aux stagiaires maliens en cause;

    f) En cas de dommage subi dans ou à l'occasion du service par les stagiaires militaires maliens hormis le cas de faute personnelle, le Gouvernement de la République française versera des indemnités équitables. Les demandes d'indemnités seront transmises au Gouvernement de la République française à la diligence du Gouvernement de la République du Mali.



    Article 10


    a) Les stagiaires militaires maliens peuvent importer en franchise leurs effets personnels d'usage courant; ils peuvent importer ou acquérir sous le régime de l'admission temporaire du mobilier et un véhicule privé à leur usage personnel. Ils peuvent les réexporter dans les mêmes conditions à leur départ définitif;

    b) Les stagiaires jouissent du droit de transférer librement sur le Mali le montant des économies réalisées sur les rémunérations et indemnités afférentes à leur stage et lors de leur rapatriement définitif, le produit de la vente éventuelle en République française de leur véhicule, biens mobiliers et effets personnels après acquittement des droits de douane afférents.



    C HAPITRE III


    Matériels et équipements militaires


    Article 11


    Le Gouvernement de la République du Mali peut faire appel en tant que de besoin et dans les conditions définies d'un commun accord au Gouvernement de la République française pour la fourniture à titre gratuit ou onéreux de matériels et équipements militaires.

    En cas de fourniture à titre gratuit le Gouvernement de la République du Mali s'engage à ne pas réexporter les matériels mis à sa disposition.

    Dans des conditions établies d'un commun accord et dans la limite de ses responsabilités la République française pourra contribuer au soutien logistique des Forces Armées de la République du Mali.



    C HAPITRE IV


    Dispositions finales


    Article 12


    Le présent Accord de coopération exclut toute possibilité de stationnement d'unités constituées des Forces Armées françaises sur le territoire malien.



    Article 13


    Le présent Accord n'est nullement dirigé contre les intérêts d'un Etat tiers.



    Article 14


    Le présent Accord est conclu pour une durée de deux ans. Il est renouvelable par tacite reconduction pour de nouvelles périodes de deux ans. Il peut être dénoncé à tout moment par l'une ou l'autre des Parties contractantes. Cette dénonciation prendra effet trois mois après sa notification par voie diplomatique à l'autre Partie.

    Chacune des deux Parties contractantes notifiera à l'autre les formalités constitutionnelles requises sur son territoire pour l'entrée en vigueur du présent Accord. Celui-ci entrera en vigueur trente jours après la date de la dernière des notifications.



    Article 15


    Le présent Accord abroge et remplace la Convention de coopération technique en matière de formation de l'administration militaire malienne en date du 14 octobre 1977.

    En foi de quoi, les représentants des deux Gouvernements, dûment autorisés à cet effet, ont signé le présent Accord et y ont apposé leur sceau.


    Fait à Bamako, le 6 mai 1985, en double exemplaire.


    Pour le Gouvernement de la République française:


    GERALD PAVRET


    DE LA ROCHEFORDIERE,


    Ambassadeur de France au Mali

    Pour le Gouvernement de la République du Mali:

    COLONEL ABDOULAYE OUOLOGUEM,

    Chef de cabinet du ministre de la défense


    AMBASSADE DE FRANCE AU MALI

    -

    L'AMBASSADEUR

    -

    No 243 ALO

    - Bamako, le 8 juillet 1986.


    A Monsieur le général Sékou Ly,


    ministre de la défense nationale.

mercredi 12 avril 2017

PETIT RAPPEL DE L'HISTOIRE DOULOUREUSE DU MALI


12 AVRIL 1591- 12 AVRIL 2016 : Il y a exactement 425 ans, commença le drame de la terre africaine du Mali avec les envahisseurs Arabo-musulmans. Ce texte raconte comment le souverain marocain Maulay Ahmed extorqua, sans vergogne, 100 000 pièces d’or et 1000 esclaves au Mali.
Le 12 avril 1591, une grande bataille a lieu sur les bords du fleuve Niger au Mali, précisément au village de Tondibi. Elle met aux prises une troupe d’envahisseurs marocains commandée par un eunuque aux yeux bleus originaire de Grenade. La troupe est composée essentiellement de mercenaires espagnols, "d'Andalous (musulmans réfugiés d'Espagne)" et des "Renégats (prisonniers chrétiens devenus musulmans)". La troupe est dirigée par le Pasha Jawdar/ Djouder. En face d’eux des dizaines de milliers de soldats songhaïs (Maliens). La défaite de ces derniers, face à des agresseurs dotés d'un armement à feu ravageur, signe la fin de l'Empire Songhaï.
Le village de Tondibi existe toujours au Mali. Les Maliens sont vraiment un peuple très ouvert, tolérant, vivant en harmonie avec tous habitants de leur territoire même après cette invasion arabo-musulmane. Car figurez-vous, à côté de Tondibi existe un village important appelé HA qui est en majorité peuplé par des descendants des conquérants venus du Maroc, mais aussi de l'Espagne et de la Grenade. Mais au Mali (pays par excellence de l’harmonie entre les humains) personne n’en fait un problème.
---------------------------- DÉTAILS DES FAITS --------------
" Les troupes marocaines atteignirent le Niger dans le voisinage du bourg de Karabara. Elles s’arrêtèrent en cet endroit où Djouder donna un grand repas pour célébrer leur heureuse arrivée au bord du Fleuve. Le fait que ces hommes étaient arrivés là sains et saufs faisait présager que l’entreprise réussirait et que le succès couronnerait les efforts de leur chef. Cet événement eut lieu le mercredi, 4 du mois de djomada II de l’année 999 de l’hégire (30 mars 1591) ainsi qu’il a été dit précédemment.
L’armée ne passa pas par la ville de Araouân, mais elle passa à l’est de cette localité. Sur sa route elle rencontra les chameaux de Abdallah-ben-Chaïn-El-Mahmoudi; Djouder prit de ces chameaux la quantité qui lui était nécessaire, puis Abdallah partit aussitôt pour le Maroc et se rendit à Merrakech auprès de Maulay Ahmed à qui il se plaignit de l’iniquité dont il avait été ainsi la victime. Ce fut lui qui annonça le premier l’arrivée de l’armée marocaine au bord du Niger. La première personne dont le prince lui demanda des nouvelles fut Ba-Hasen. «Ba-Hasen, répondit-il, est peut-être bien portant. » Ensuite le prince s’informa du caïd Ahmed-ben-El-Haddâd et du pacha Djouder. Puis il écrivit à ce dernier de payer la valeur des chameaux qu’il avait pris.
Les Marocains reprirent ensuite leur marche; ils se dirigèrent (m») vers la ville de Kâgho et rencontrèrent sur leur route le prince Askia-Ishâqà un endroit appelé fenkon dibo’o, près de Tonbodi. Le prince songhaï était à la tête de 12.500 cavaliers et 30.000 fantassins. La réunion de ces troupes ne s’était pas faite plus tôt parce que les gens du Songhaï ne pouvait croire à la nouvelle de l’expédition et qu’ils avaient attendu son arrivée sur les bords du Fleuve.
La bataille s’engagea le mardi, 17 du mois indiqué précédemment (12 avril). En un clin d’œil les troupes de l’Askia furent mises en déroute. Parmi les personnes notables qui périrent dans cette bataille, on cite parmi les cavaliers : le Fondoko Boubo-Meryama, l’ancien chef du Màsina révoqué; le Cha’-Farma Ali-Djâouenda ; le Binka-Farma ‘Otsmân-Dorfan-ben-Bokar-Kirin-Kirin, le fils du prince Askia-El-Hâdj-Mohamraed ; il était alors très âgé et Askia-lshâq l’avait nommé Binka-Farma lorsque le Binka-Farma Mohammed-Heika était mort, ainsi que nous l’avons dit, dans l’expédition de Nemnatako.
Il périt également ce jour-là un grand nombre de personnages parmi les fantassins. Quand l’armée fut défaite ils jetèrent leurs boucliers sur le sol et s’accroupirent sur ces sortes de sièges, attendant l’arrivée des troupes de Djouber qui les massacrèrent dans cette attitude sans qu’ils fissent résistance et cela parce qu’ils ne devaient point fuir en cas de déroute (Quelle dignité !). Les soldats marocains leur enlevèrent les bracelets d’or qu’ils avaient au bras.
Askia-Ishâq tourna bride et s’enfuit avec le reste de ses troupes; puis il manda aux gens de Kâgho de quitter la ville et de fuir de l’autre côté du Niger dans la direction du Gourma; il envoya également la même recommandation aux habitants de Tombouctou et, poursuivant sa route sans passer par Kâgho, il arriva en cet équipage à Koraï-Gourma.
Arrivé là, il y campa avec le reste de ses troupes, au milieu des pleurs et des lamentations. Ce fut au milieu de cris et de vociférations que l’on commença à grand’peine à traverser le Fleuve dans des barques. Dans la bousculade qui se produisit beaucoup de gens tombèrent dans le Fleuve et y périren; on perdit en outre une quantité de richesses telle que Dieu seul en connaît la valeur.
Quant aux gens de Tombouctou, il leur fut impossible de quitter la ville et de traverser le Niger à cause des obstacles qu’ils rencontrèrent et des difficultés de la situation. Seuls, le Tombouctou-Mondzo Yahya-ould-Bordam et les serviteurs de l’Askia qui se trouvaient là quittèrent la ville et allèrent camper à Elkif-Kindi, localité voisine de Ïouya.
Le pacha Djouder poursuivit sa route avec son armée jusqu’à Kâgho. Il ne restait plus personne dans cette ville sinon le khatib Mahmoud-Darâmi, vieillard âgé à cette époque, et les étudiants et négociants qui n’avaient pu sortir et prendre la fuite. Le khatib Mahmoud vint au-devant des Marocains; il leur souhaita la bienvenue, leur témoigna de la déférence et leur offrit une magnifique et large hospitalité. Il eut avec le pacha Djouder des conférences et de longs entretiens au cours desquels on lui témoigna les plus grands égards et la plus haute considération.
Djouder manifesta le désir de pénétrer dans le palais du prince Askia-Ishâq; il fit en conséquence venir des témoins et, quand ils furent là, il entra avec eux dans le palais; mais, après avoir tout visité et examiné de façon à s’en bien rendre compte, il lui parut que tout cela était bien misérable.
Le prince Askia-Ishâq envoya demander au pacha de traiter avec lui. Il s’engageait à faire remettre par Djouder au souverain marocain Maulay Ahmed 100.000 pièces d’or et 1.000 esclaves. En retour le pacha devait lui abandonner le pays et ramener son armée à Merrâkech. Djouder fit répondre qu’il n’était qu’un esclave docile et qu’il ne pouvait agir que sur l’ordre du souverain, son maître. Puis, d’accord avec les négociants de son pays, il écrivit en son nom et en celui du caïd Ahmed-ben-El-Haddâd pour transmettre ces propositions, après avoir eu soin de dire que la maison du chef des âniers au Maroc valait mieux que le palais de l’Askia qu’il avait visité. Cette lettre fut portée à destination par Ali-El-’Adjemi qui était bachoud à cette époque."
CONCLUSION :
La pratique africaine de la spiritualité est la liberté totale accordée à l’être humain de vivre sans guerre. Pas de dogmes, pas de prophète, pas d’invasion des autres. Tu ne peux pas imposer ta pratique religieuse à quelqu’un d’autre. D’ailleurs, dans l’histoire, aucun Chef religieux africain n’a imposé sa foi par la force ou par la ruse à un autre peuple. Voilà en quoi nous sommes les plus sages de la planète !

mardi 26 avril 2016

« Les tragédies de l’histoire révèlent les grands hommes; mais c’est toujours les médiocres qui les provoquent. » Thomas Sankara
Cette honte, nous n’en serons pas à vos côtés, comptables devant l’histoire du Mali. Vous avez au déni de tout honneur militaire, insulté l’hymne national « … si l’ennemi découvre son front, au dedans ou au dehors, debout sur les remparts, nous sommes résolus de mourir… ». Vous avez insulté l’armée d’un pays/ grande nation en laissant des soldats sans armes devant un ennemi qui ne sait absolument rien des règles et relations nationales. Du coup vous avez souillé le grade de Général d’armée que vous vous êtes offert. Vous avez invalidé, par votre malice, seul espace où vous êtes vraiment général, une armée digne de respect. De Modibo Keïta à Moussa Traoré. Ce dernier, qui, pour sûr, se roule aujourd’hui dans la poussière de la honte que vous lui avez collée. Vous êtes aujourd’hui la tâche indélébile de la honte nationale. Je sais que les patriotes, « debout sur les remparts » redonneront à tous
les découragés, l’espoir de revenir à l’honneur perdu de votre fait qui est tout sauf patriotique et militaire. Oui, je comprends que le confort de la drogue avec ses milliards ne vous permet point d’être au feu de la défense d’une patrie en danger. Et ce danger vous l’entretenez – pas pour longtemps et c’est sûr – afin d’échapper à ce qui, inévitablement vous attend au terme de cette belle mission que le peuple malien vous a confiée pour une 2e fois. Et vous le trahissez (si honteusement!!!) en livrant en pâture une si belle partie du Mali à une soldatesque sans âme ni culture à des hordes barbares de mercenaires dont l’histoire est connue… à une bande de voyous que vous avez, vous et Alpha Konaré vêtus du si sacré uniforme de l’armée malienne ; ce, au mépris de tout principe d’État.
Manque de clairvoyance
Jetez un œil du côté des nigériens et vous ferez la somme de votre manque de clairvoyance et votre manque partagé avec Alpha de dignité et de sens de celle-ci… Je vous en donnerai de solides détails très prochainement.
Vous avez livré le nom ARMÉE NATIONALE à la risée publique. Vous avez donné à ce corps la couverture de la misère morale et psychologique en émasculant (moralement) quelques officiers de valeur à qui, au nom de votre misérable titre de « chef suprême des armées », vous avez enlevé toute capacité d’action et toute autonomie de décision… pour la défense du territoire national et la cohésion d’une nation qui a l’honneur de savoir compter ses âges.
Vous êtes, Monsieur Amadou Toumani Touré – et c’est ici malheureux de l’écrire – en effet un homme sans ancrage ; et c’est votre actuelle irresponsabilité qui le figure et le configure. Autrement dit, désigné : malien certes, mais malien sans terroir. Vous me comprenez parfaitement… Nous en avions causé, vous et moi en juillet 1997 au quartier du fleuve à Bamako dans vos bureaux de la Fondation pour l’enfance. Et je vous rappelle qu’au terme de cet entretien, je vous ai donné une parole noble, tenue par un noble : « Monsieur le Président, je ne publierai jamais cette série de douleurs que vous avez vécues… ». Parole tenue jusqu’à demain.
Je vous souhaite d’être un peu plus homme pour vous-mêmes, et pour votre famille qui a tant besoin de vos vieux jours. Je vous promets ici une levée de bouclier épistolaire aussi longtemps que vous en êtes là. Parce que, aussi, au nom de votre titre vous avez empêché à des soldats de riposter rien que pour se défendre et protéger le Mali : vous êtes Monsieur responsable du massacre de 117 militaires égorgés et éventrés à Aguel Hock et Abeïbara. L’armée nationale est aujourd’hui en droit de SÉDITION GÉNÉRALE dans l’attente d’un homme d’État de la hauteur de plus engagés que vous ».
Mahmoud Alpha Maïga, Paris.

Kassin 23 Février 2012

Que le droit soit dit en république du Mali!

Avec ses généraux de salons, nominés aux Oscars de la grande corruption, ATT, par une politique délibérée de l'autruche, a volontairement retiré l'armée malienne des bases militaires du nord du Mali au lieu de les renforcer à un moment où l'insécurité grandissait.

Il a contribué à affaiblir l'armée en envoyant les officiers supérieurs dans des postes au sein des structures administratives d'ordinaire civiles au lieu de les faire contribuer à la formation des troupes sur le terrain et à la formulation et aux raffinements de la stratégie de défense nationale du Mali au sein de l'armée malienne. 

Il s'est adonné à des dépenses inutiles de propagande de cinquantenaire au nom de l'indépendance du Mali alors que concrètement il n'a rien fait pour équiper sérieusement nos forces armées et de sécurités pour assurer cette indépendance sur le plan de la défense et de la sécurité, (le président Modibo n'exploitait pas d'or à ciel ouvert avec un prix de l'or qui crève le plafond quand il a fait face à la rébellion du début des années 60 avec une armée âgée  d'à peine deux ans et Att n'est pas plus homme de paix que lui, et pour preuve sous Modibo, la diplomatie malienne rayonnait de mille feux de la maison blanche jusqu'à à la Corée en passant par le Kremblin).

 Att a contribué, par sa politique d'intégration sauvage des bandits armés du nord (au lieu de les traduire devant la justice malienne pour complot contre le Mali), à faire infiltrer l'armée malienne des éléments nuisibles qui collectent en son sein des informations pour ensuite déserter et venir attaquer nos camps militaires, nos villes et sites touristiques, nos axes routiers et s'adonner, nuitamment ou au grand jour, à des trafics illicites et criminels.

 Att a encouragé les prises d'otages par sa politique de médiation intéressée, avec à la clé des rançons se chiffrant à des centaines de milliards de nos francs aux mains de malfaiteurs sans vergogne, en lieu et place d'une solution militaire appropriée conduite par l'armée malienne qui en avait les moyens.

Att a dilapidé l'argent du contribuable malien en essayant d'amadouer des touareg rebelles qui n'ont aucun respect pour la nation malienne et qui ne s'y cachent pas avec des propagandes anti-malien notamment sur le site Internet de Kidal Info et dans des médias algériens.

 Att a sciemment laissé rentrer et s'installer des individus armés et malintentionnés avec, s'il vous plait, une prime pour vols d'armes libyennes de 50 millions de francs avec rallonge de 50 tonnes de vivres (puis qu'il adore le vol et les voleurs qu'il ne veut surtout pas humilier du moment où ils sont chefs de famille alors que les maliens du sud rentrés de Libye étaient dans le "bè bi Ba bolo" c'est à dire l'autre côté de la politique Att de l'injustice d'état).

Il a envoyé quelques uns des plus endormis des membres de son gouvernement d'incompétents (sécurité, justice, école, santé, emploi, foncier, pouvoir d'achat, élection, corruption...) et engagé une mission de parlementaires zélés à la rencontre de ces malfrats de grands chemins et mercenaires déchus sous d'autres cieux, à mal d'inspiration, pour les signifier qu'il ne seront pas inquiétés en république du Mali puisqu’il n’est nullement envisagé par le régime ATT de les attaquer militairement. Et, tenez vous bien, qu'ils peuvent même venir siroter, tranquillement, du thé à Koulouba, aux frais du contribuable malien et se moquer des maliens en arabe quand bien même qu'ils connaissent parfaitement le français (langue officielle du Mali jusqu'à preuve du contraire).

Et toute cette propagande nauséabonde a été faite aux frais du contribuable malien (au moment où le déficit des pluies annonce des jours difficiles pour nos braves paysans, éleveurs et pêcheurs qui travaillent et gagnent leur vie honnêtement depuis des millénaires) en lieu et place de la mission noble de défense et de sécurité du Mali dévolue à nos forces armées et de sécurité.

Par cet acte, ATT et ses complices ont prouvé à suffisance qu'ils connaissaient et connaissent encore, exactement, où se trouvent les bandits armés sur le territoire malien et n'ont rien fait pour permettre à l'armée malienne de les déloger, de les désarmer et de les remettre à la justice malienne alors qu'il est chef suprême des armées et préside la magistrature suprême. Pire, nos forces armées envoyées au nord étaient manifestement sous équipés à Menaka, Andaramboukane, Aguelhoc, Lere (Gloire et mention spéciale au capitaine Sékou Traoré et ses troupes lâchement exécutés alors qu'ils défendaient fièrement le drapeau malien et n'ont jamais vu de renforts pour leur prêter mains fortes alors qu'ils combattaient à moins d'heure d'avion de Gao et de Tessalit.

Et comme un film d'horreur sous nos yeux, un patriarche respecté d'Hombori de 78 ans est aussi lâchement exécuté sans défense par des hommes armés qui font ce qu'ils veulent sur ces terres de Kankou Moussa que certains veulent s'approprier en bons usurpateurs.

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?

Alors que ATT et son gouvernement disposent annuellement d'un budget de 100 milliards de F CFA pour la mission noble de défense et de sécurité du pays sans compter celui de la justice dûment validé par la représentation nationale à l'assemblée nationale.

Tous ces actes, ATT les a fait et posé en son âme et conscience (jouissant de toutes ses facultés mentales et psychiques) alors qu'il était sous serment devant le peuple malien et disposait de tous les moyens d'état (renseignements de la sécurité d'état, police nationale, gendarmerie nationale, garde nationale, armée de terre, armée de l'air....) qu'il a sciemment détournés de leur noble mission de défense de l'intégrité de territoire national et de la souveraineté intérieure et extérieure  du Mali dans le seul but d'accorder des pans entiers du territoire malien à des armées étrangères (souvent dans des accords dont personne ne lui a mandaté la signature) pour qu'elles s'adonnent à des activités dignes de rodéo pour la plupart illicites et criminelles contribuant à faire à porter atteinte à l'armée malienne et aux symboles de l'état malien dans plusieurs villes du nord du Mali, à faire déplacer plus de 100.000 maliens du nord dont la moitié dans les pays frontaliers qui ne sont pas toujours plus nantis que nous, à faire fuir les touristes, les ONG et d'autres partenaires et investisseurs au Mali et toutes les ressources financières qu'ils apportaient à nos braves populations du nord dans leur combat pour la survie et le développement dans des zones extrêmement difficiles par le climat et les étendues des terrains.

Alors que la situation au nord du pays s'envenime avec des attaques quotidiennes (inadmissibles) de nos populations et de leurs biens dans la région de Kidal, Att continue avec sa politique aux œillères (un ministre de la défense aux abonnés absents, un ministre de la sécurité en bazin,  un comité de défense foulard au cou façon grand mère qui veille sur ses petits enfants plutôt que sur une république, une augmentation du salaire du président, pour quel mérite d'ailleurs?...) et n'a jamais anticipé une guerre d'embrassement général au nord pour permettre à l'armée malienne de la circonscrire et de créer les conditions de   l'étouffer complément comme au Niger voisin.

ATT ,par ces forfaitures, doit être traduit devant la justice malienne (dès la fin de son dernier mandat le 8 juin 2012 à la tête de l'état malien) pour haute trahison du Mali, d'association de malfaiteurs, de complot contre l'armée malienne, d'abus de confiance et de recel, ayant contribué à déstabiliser la république du Mali, à entamer sérieusement son intégrité territoriale et sa souveraineté, à porter une atteinte grave à la vie et aux biens de citoyens maliens et certains de leurs hôtes, à saper l'autorité de l'état malien et à fouler au sol l'image du Mali dans le monde.

Et tout cela à des fins personnelles et inavouées totalement contraires à la mission noble de président de la république du Mali qui lui a été confiée  par le vaillant peuple malien fièrement installé depuis toujours au cœur de l'Afrique.



Vive le Mali démocratique! Et que le droit soit dit en république du Mali!


lundi 25 avril 2016

DECLARATION DU COLLECTIF «NON A LA FALSIFICATION
DE L’HISTOIRE DU MALI»
En cette année du jubilé de la Grande Insurrection Populaire du 26 Mars 1991, au moment où notre pays, le Mali, est plongé dans une crise sans précédent, au moment où notre Peuple pleure encore le sacrifice de ses meilleurs fils dont les tombes toujours fraîches se referment difficilement, voilà qu’un collectif de fantassins d’une cause à jamais perdue, sélectionnés jadis selon eux-mêmes sur la base de leurs compétence, loyauté et patriotisme, publie un livre sacrilège « Le Mali sous Moussa Traoré », à la gloire de leur mentor, le bourreau de notre Peuple. 
Les auteurs de l’ouvrage contre la démocratie malienne ont la prétention d’établir la « vérité » sur la période de  l’histoire du Mali, de 1968 à 1991,  période du règne de Moussa Traoré et de ses compagnons. Mais l’amnésie collective des falsificateurs, qui semblent plus se prévaloir de leur diplôme  que de leur intellect, leur a fait oublier que ce même Moussa Traoré, parlant d'eux, disait, en mars 1987, dans une interview accordée à Jeune Afrique : " le parti n'existe pas. Seuls des malhonnêtes m'entourent, tous mes compagnons sont corrompus".
Non ! La provocation et la récupération de ces non repentis du régime UDPM ne passeront pas car l’Histoire et le Peuple ont déjà rendu leur verdict sans appel qui retient de Moussa Traoré : 
 Un dictateur obscurantiste, sanguinaire et assoiffé de pouvoir, connu pour sa « couronne d’enfer » sur la tête des Maliens , ses propos obscènes concernant les dessous de pagnes des Maliennes servant de linceuls de leurs enfants qu’il jurait de tant massacrer qu’il ne se trouverait pas suffisamment de cretonne et de percale au marché pour les ensevelir ; 
Son Carré des Martyrs ;
 Sa double condamnation à mort par la justice de son pays.
Tenter, dans le contexte actuel, de délégitimer la lutte sacrée du 26 mars 1991, est tout simplement indécent et incongru.
L'exercice auquel se livre l’équipe de M. Djibril Diallo, celui-là même qui avait démissionné de son parti unique constitutionnel en 1991 au motif qu’il avait atteint son seuil d’incompétence, aussi légitime qu’il soit, devrait être empreint d’honnêteté intellectuelle, parce que la vérité historique ne doit pas être une vérité partielle et subjective. Une lecture de leur ouvrage fait croire à certains adultes et jeunes qui n'ont pas vécu cette période d'enfer, que Moussa Traoré fut un bâtisseur, un homme bon et qui n'a fait que du bien. Le livre occulte à dessein les bagnes mouroirs, les purges permanentes entre putschistes eux-mêmes. Certains des rescapés civils comme militaires se sont confiés dans des livres mémoires encore disponibles sur le marché dont ceux de :  
 
• Ibrahima LY : TOILE D’ARAIGNEE ;
• Guédjouma SAMAKE : SUR LE CHEMIN DE L’HONNEUR ;
• Samba SANGARE : DIX ANS DANS LE BAGNE MOUROIR DE TAOUDENIT ;
• Assimi DEMBELE : TRANSFERTS DEFINITIFS;
• Soungalo SAMAKE: MA VIE DE SOLDAT; 
• Amadou Seydou TRAORE: DU CMLN A L'UDPM, 23 ANS DE MENSONGES
 
Quid des violences déshumanisantes qui ont enlevé toute dignité aux prisonniers politiques du régime militaro-fasciste de GMT ? Comment,  parlant de Moussa Traoré, les auteurs peuvent-ils ignorer les périodes aussi sombres comme 1968, 1969, 1970, 1971, 1974, 1977, 1979, 1980 et 1991 ? 
 
En attendant la réaction de témoins et d’acteurs des 23 ans de règne de celui qui, depuis le 22 mars 1991 est «le boucher de Bamako », qui répondront aussi par des livres, rappelons que le peuple e malien n’est pas amnésique. 
Quelques repères pour rappeler ce long règne sans gloire, ces 23 ans de
mensonges, de vols, de crimes  crapuleux : 
 
·        19 Novembre 1968 : irruption sur la scène politique nationale d’un quarteron d’officiers
subalternes félons avec à sa tête un certain lieutenant Moussa Traoré, pour perpétrer un
coup d’État contre notre Armée et notre Peuple : arrestations, séquestrations et déportations
dans le grand Nord des pionniers de l’indépendance nationale, assassinat de nombre
d’entre eux dans des circonstances qui ont choqué toute conscience civilisée. Puisque les auteurs parlent de vérité, qu’ont-ils fait des « Cahiers,  Mémoires et Manuscrits » du Président Modibo Keita ? 
 
·        1969 : arrestation et  condamnation de Diby Syllas Diarra et de ses 32 compagnons. C'est cet Officier de valeur qui a mis fin à la première rébellion, en 1963 ;
·        1971: arrestation de certains enseignants militants du SNEC et d’autres patriotes à l'issue du congrès de l'UNTM ; 
·        1971: des étudiants arrivés de Dakar étaient arrêtés et l'étudiant Cheick Oumar Tangara était assassiné ;
·        1974 : des patriotes étaient arrêtés pour avoir contesté le référendum du 2 juin sur la nouvelle constitution ;
·        1977: assassinat du président Modibo Keita, le père de la nation ;
·        1979: une vague d'arrestations qui s'abat sur les patriotes responsables de la diffusion du tract " l'autopsie d'un congrès " ;
·        Le 5 janvier 1980 : dissolution de l’UNEEM par le bureau politique de l’UDPM ;
·        Le 8 mars 1980 : vague d'arrestations au sein de l’UNEEM ;
·        Le 17 mars 1980 : le comble de l’horreur avec l’assassinat d’Abdoul Karim Camara dit Cabral. Sa vieille mère et ses frères furent martyrisés jusqu'à son arrestation le 16 mars. Et le Peuple malien attend toujours de savoir exactement où se trouve la tombe du leader Cabral, torturé à mort au Camp para ;
 
·        1979-80 et 1980-81 : deux années perdues pour l’école malienne avec  la suspension des élèves et étudiants et la fermeture des établissements secondaires et supérieurs ;
 
·        26 Mars 1991 : l'insurrection populaire a bouté dehors le bourreau et ses complices : près de 300 morts et 700 blessés.
 
QUE RETENIR FONDAMENTALEMENT DU REGNE
DE 23 ANS DE DICTATURE?
 
v Sur le plan politique 
La police militaire formée à l’école de la GESTAPO et de la PIDE , sans foi ni loi, arrogante, brutale et assassine,  tire sur tout ce qui bouge sur le plan politique , scolaire , scientifique et sportif et social au service du régime de Moussa Traoré.
Suppression systématique de toutes les libertés démocratiques, bâillonnement de tous ceux qui osent penser autrement en dehors du prince du jour. Liquidation de la crème des cadres civils, militaires, estudiantins et syndicalistes. 
Bref!  Le Mali devient une vaste prison à ciel ouvert.
 
v Sur le plan économique 
 
Le régime de l’UDPM et de Moussa Traoré bafouait au quotidien les droits les plus élémentaires des Maliens, y compris le droit des fonctionnaires à leur salaire. Ici, qu’il suffise de rappeler les 3 à 6 mois de retard dans le paiement des salaires. Moussa Traoré exerçait un droit de vie et de mort sur ses concitoyens. C’est dans « Le Mali sous Moussa Traoré »  que furent liquidées toutes les sociétés et entreprises d’Etat par une technique de soumission au Capital en quatre (4) temps : crise, plan de redressement, privatisation, liquidation.  C’est à partir du 19 novembre 1968 que les notions de détournement de deniers publics font partie du quotidien des Maliens.
 
v Sur le plan des forces armées et de sécurité
 
Les officiers et soldats de valeur sont exterminés, les tout premiers pour avoir résisté aux putschistes du 19 novembre. L’armée va faire les frais du bouleversement dans la chaîne de commandement, l’affairisme et le népotisme seront désormais monnaie courante dans l’armée, voire la chasse gardée de certains ténors du régime militaire. 
 
v Sur le plan de la justice
 
Les auteurs du livre ne disent pas un mot, en réalité, la justice était instrumentalisée,  servant de caution légale aux emprisonnements arbitraires, aux tortures et aux assassinats.
 
v Sur le plan de l'éducation
 
Les auteurs du « Le Mali sous Moussa Traoré »  ne disent pas non plus la vérité. Ils ne disent surtout pas qu’ils ont vidé la Réforme de 1962 de sa substance, après le démantèlement de ce qui constituait son soubassement idéologique et la substitution d’expériences hasardeuses, faisant du Mali un laboratoire permanent d’expérimentations de tous genres (BELC, CLARC, Pédagogie convergente, etc). En outre, il faut rappeler que durant tout le règne de Moussa Traoré, l’école et les enseignants sont restés l’ennemi N°1 du dictateur. Celui-ci considérait les enseignants comme des opposants à abattre. Dans ces conditions, le régime de l’UDPM n’eut d’autre politique pour l’école que de détruire, d’humilier et de clochardiser les enseignants.
 
UN PEUPLE MAGNANIME MAIS QUI N'A PAS
LA MEMOIRE COURTE
 
C’est donc pour toutes les raisons ci-dessus évoquées et pour le repos paisible de nos martyrs que ce Collectif  interpelle tous les acteurs de Mars 1991 à une rétrospection profonde et rappelle à notre vaillant Peuple que Moussa Traoré est un condamné à mort par deux fois par la justice malienne. Mais qu’en dépit de ses forfaitures, il a été gracié par le président Alpha Oumar Konaré du Mouvement Démocratique. Ce dictateur est le premier et le plus grand bénéficiaire de tous les droits qu’il avait refusés au peuple à qui il doit humblement demander PARDON, au lieu de continuer à narguer les vivants et à souiller la mémoire des martyrs.
 
Ce PARDON serait un grand pas décisif vers la vraie réconciliation nationale. 
 
« Le Mali sous Moussa Traoré », ce livre sacrilège, provocateur, est la manifestation de l’arrogance et de l’agressivité de complices non repentis d’une dictature féroce, mérite une réponse aussi  cinglante que robuste comme fut celle du peuple le 26 mars 1991 face aux forces militaires qui voulaient faire perdurer au-delà de 23 ans la dictature du plus grand criminel du Mali du 20ème siècle.  
 
Les victimes, témoins et rescapés du régime CMLN-UDPM publieront leur réponse, individuellement et/ou collectivement, sous la forme de livre(s) écrit(s) sur la base de la vérité scientifique, étayée par des preuves irréfutables.
 
Tout Malien, où qu’il soit, et tout ami véritable du Mali peut s’associer à cette entreprise de haute portée patriotique, morale, historique, d’utilité sociale et politique incontestable. Il sera accueilli avec joie au sein de l’équipe rédactionnelle.
 
Ce Collectif  répondra coup pour coup à toute falsification de notre histoire commune et est tout aussi sûr de sa victoire finale sur les forces de l’ancien régime dictatorial comme en Mars 91 sur GMT. 
 
Bamako, le 10 avril 2016
 

jeudi 6 août 2015

l'Etat Malien: les paradoxes d'un éffondrement

Comment l’Etat malien, souvent présenté comme un modèle de démocratie en Afrique, s’est-il si facilement, si brutalement effondré en 2012 et 2013, au point de devoir faire appel à l’armée de l’ancienne puissance coloniale pour éviter l’occupation du pays par les djihadistes ? Sous la succession des événements, quelles fragilités structurelles, quels enjeux institutionnels et sociétaux ? Et quelles leçons en tirer pour aller de l’avant ? Etat malien : les paradoxes d’un effondrement Bamako, 21 mars 2012. Un groupe de soldats excédés par la gabegie qui désorganise l’armée décide de marcher sur le palais de Koulouba, siège de présidence de la République. Ils ne veulent pas être la chair à canon d’une guerre où près d’une centaine de militaires sans munitions viennent d’être égorgés par l’alliance éphémère d’irrédentistes touareg et de desperados salafistes. La jacquerie, rejointe par quelques officiers subalternes, n’a qu’une vague idée de ses objectifs. Celui dont elle a fait son chef, le capitaine Amadou Aya Sanogo, reconnait peu après le coup que les mutins ont décidé en cours de route d’en « profiter » pour prendre le pouvoir. Quelques semaine avant des élections où il ne se présentait pas, le président Amadou Toumani Touré est renversé. L’armée, désorganisée, cède devant les narco-djihadistes qui s’installent dans les grandes villes du Nord. En dépit de ses conséquences immédiates catastrophiques et des condamnations internationales qui pleuvent, l’équipée suscite une approbation populaire inquiète et mesurée, mais réelle. On déplore les pillages dont les putschistes se rendent coupables, mais on comprend les pillards, on les envie parfois. L’armée en fuite ? C’est un crève-cœur, mais pourquoi risquer sa peau quand l’absence de confiance dans l’institution donne à croire que le sacrifice est désespéré ? Depuis l’indépendance, les trois régions septentrionales du Mali, dont le territoire est très majoritairement désertique, connaissent des soubresauts. Beaucoup de Touaregs reprochent à l’Etat de délaisser le développement d’un territoire partagé avec des Sonraïs, des Peuls, des Arabes, des Bamanans. Plus que de discrimination ethnique, il s’agit d’un effet de l’éloignement conjugué à la corruption : plus le bénéficiaire officiel d’une « aide » est éloigné de sa source, moins les voraces postés sur la route en laissent à disposition. A cela s’ajoutent des considérations raciales. Longtemps, les Touaregs ont pratiqué la razzia, enlevant des habitants sédentaires du Sud pour en faire leurs esclaves. Jusqu’à présent, ce sont généralement les Bellah, descendants des captifs, qui assurent dans des conditions moralement et physiquement dégradantes les tâches subalternes. Les Bellahs ont la peau noire, celle de leurs maîtres est plus claire. Des préjugés vivaces entretiennent le mépris, le ressentiment, la méfiance. Durant les neuf premières années de la présidence d’Amadou Toumani Touré, les révoltes marquent le pas. C’est dû à une politique opiniâtre d’arrangements au coup par coup, de négociations au jour le jour, de complicités improbables qui, au Nord comme au Sud, sont la marque de fabrique d’un président expert en consensus. La zone devient un théâtre d’ombres où se mêlent trafic d’armes et de drogue, concentrations de narco-djihadistes, enlèvements d’otages, aide internationale, corruption, opérations de développement… Un équilibre s’établit, où chacun semble trouver son compte. Beaucoup d’argent circule, créant des cercles d’intérêt commun qui réunissent sans préjugés encombrants salafistes algériens, généraux de l’armée malienne, anciens rebelles touaregs, administrateurs corrompus, bandits de grands chemins… Ce que la répression d’Etat ou le culte de l’unité nationale étaient impuissants à réaliser, les arrangements l’ont fait. Jamais la zone n’a été aussi calme. Cette bonace est bouleversée par des événements en partie aléatoires. La chute du régime lybien de Mouamar Khadafi contraint ses mercenaires touaregs à rentrer au pays. A la faveur des troubles, ils se sont lourdement armés. Le rapport de force militaire en est ébranlé. Fidèle à lui-même, le président Amadou Toumani Touré tente bien de se concilier les nouveaux arrivants, qui reçoivent des subsides substantiels, sans même être désarmés. Cependant, la tentation de rebattre les cartes est trop forte. En janvier 2012, les petites localités sahariennes de Tessalit et Aguelhoc tombent aux mains des « Lybiens » du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). A Bamako, l’improbable coup d’Etat d’un groupe de soldats en colère achève de désorganiser le montage arrangé au cours des ans. Yuruguyurugu : ce que le mot « corruption » ne dit pas Dans la langue bamanan (bambara), la plus parlée du Mali, les faits de corruption sont désignés par le vocable expressif de yuruguyurugu. Le mot français corruption évoque le pourrissement, ce qui suppose l’antériorité d’un corps sain. Yuruguyurugu signifie magouille, trafic, arrangement douteux. La différence des approches n’est pas fortuite. L’Etat administré et ce qui est présenté comme son aboutissement, l’Etat démocratique représentatif, sont enfants de l’histoire politique de l’Occident. Son Etat, tout naturellement, l’Occident y croit, souvent même le fétichise. Pas l’Afrique. Elle a des raisons pour cela. La première école ouverte par l’occupant français sur le territoire de l’actuel Mali est officiellement baptisée « école des otages ». On y scolarise de force les fils de chefs retenus en otages et que l’on compte substituer à leurs pères incommodes après quelques années de lavage de cerveau. A l’indépendance, le Mali ne compte qu’un seul lycée public d’enseignement général et quatre cents kilomètres de routes goudronnées. Les romans et les mémoires d’Amadou Hampaté Bah fourmillent d’anecdotes où l’on voit les sujets coloniaux ruser et tromper une administration vécue comme un corps étranger et qui ne songe même pas à se hisser, comme en métropole, sur les cothurnes de l’intérêt général. Face au pouvoir de l’occupant, le yuruguyurugu apparaît comme une forme de résistance. Les Maliens sont très attachés à la souveraineté de leur pays. Deux institutions – le drapeau, l’hymne national – sont passionnément honorés, au point qu’ils peuvent constituer le climax de concerts de rap ou de rencontres amicales. « Mali ! Mali ! Mali ! Mali ! » crient les habitants de Tombouctou et de Gao quand leurs villes sont libérées des psychopathes salafistes et des promoteurs de l’Azawad. La nation se constitue, mais l’Etat n’a jamais vraiment pris. Ce corps mort tombé des bivouacs coloniaux est une proie. Sama sogo, la viande de l’éléphant disent les bamanans. Le contraire d’un fétiche. Personne n’y croit, ni le fonctionnaire, ni l’administré. Dans un pays où la faim reste une hantise, d’une personne qui vient d’obtenir un bon poste, on dit qu’elle va pouvoir « bouffer ». Ce qui est surprenant n’est pas qu’un tel Etat se soit si rapidement écroulé, c’est plutôt que la société ait tenu malgré cet Etat. Deux facteurs assurent cette « tenue ». Comme une onde de fond invisible au monde extérieur, mais explicite dans l’entre soi des consciences, un certain nombre d’institutions endogènes vécues comme fiables et bénéfiques maintiennent une cohésion réelle et contrôlent les débordements. Ainsi, la fameuse « solidarité africaine » répond à des règles précises, instituées, intériorisées de vie collective auxquelles il est délicat de se soustraire. Et puis, avec une tonicité remarquable, au défaut d’institutions en charge de l’intérêt général se substitue un système généralisé d’arrangements privés, une négociation permanente et consentie qui établit une certaine stabilité, une certaine efficacité dans l’exercice des grandes fonctions sociales. Le yuruguyurugu est le versant trouble d’un système d’arrangements, qui sait aussi être efficace et de bon aloi. Ce que la corruption met en négociation, c’est la souveraineté de l’Etat. Les prérogatives publiques sont privatisées et mises sur le marché par ceux qui en sont les dépositaires. L’entreprise privée du policier véreux est le carrefour où il rançonne les usagers de la route. L’entreprise privée de la secrétaire administrative indélicate est la porte du directeur, qu’elle n’ouvre pas sans une obole. L’entreprise privée de l’enseignant intéressé est le passage dans la classe supérieure, celle du maire vorace l’attribution des terrains constructibles, celle du ministre cupide la souveraineté du pays sur ses ressources minières… Ce commerce est parasitaire. Il consiste à créer des entraves artificielles et à les lever moyennant finances. Mais il participe au système généralisé des arrangements qui « tient » la société. C’est grâce au yuruguyurugu que le douanier corrompu paye l’ordonnance de son cousin paysan et pallie ainsi l’absence d’assurance maladie. Charia : loi de Dieu, loi des armes ou loi du peuple ? Ce système d’arrangements n’empêche pas et sans doute protège pour une part une croissance soutenue, plutôt supérieure à la moyenne des pays environnants. La ville de Bamako se modernise d’année en année. Mais le yuruguyurugu, omniprésent, est source d’injustices, de blocages, de gâchis tels que la classe politique en est déconsidérée. Quelle issue ? La tentation des armes ? Une bonne dictature militaire ? Il y avait de ça dans la sourde approbation qui avait d’abord entouré l’équipée du capitaine Sanogo. La religion ? Son interventionnisme prend de l’ampleur. Quand les lois humaines se discréditent elles-mêmes, une nation très majoritairement croyante peut souhaiter le recours aux lois divines. L’action victorieusement menée en 2011 par les organisations islamiques contre un code du mariage voté par l’Assemblée nationale et qui consacrait l’égalité des époux avait été un coup de semonce, tout comme l’énorme meeting du 13 août 2012 rassemblé au stade bamakois du 26 mars par le Haut conseil islamique, présidé par un imam wahhabite plutôt compréhensif vis-à-vis des appels à l’instauration de la Charia sur toute l’étendue du pays et soucieux de placer la « transition » sous l’influence des mosquées. Mais la terreur salafiste sur les villes du Nord a mis dans l’embarras jusqu’aux plus ardents. Le sens et l’impact du mot arabe charia, que les bamanans emploient dans tous les usages du mot loi, mais auquel les prêcheurs donnent le sens coranique de préceptes divins en sortent brouillés. Le prêcheur le plus populaire du pays, le chérif Ousmane Madani Haïdara, puise son inspiration religieuse dans la tradition millénaire du soufisme, très ancrée au Mali, et affirme qu’appliquer les préceptes religieux est affaire de foi et non de loi. Ses prédications amorcent une théologie compatible avec la laïcité, dont il est explicitement partisan. Elles lui valent de remplir les stades et d’être menacé de mort par les djihadistes. Sur les réseaux sociaux et même dans les conversations, on voit poindre des opinions de libres penseurs qui hier se seraient autocensurés. Le principe de laïcité de l’Etat connaît un regain de popularité, même quand l’Etat laïc est méprisé. Ambivalence de la crise. Fadenya, badenya : la fraternitude d’Abel et Caïn Les Songhaïs, sédentaires du Nord, se désignent eux-mêmes comme « koyraborey » (gens des cités), une dénomination déformée par les habitants du sud qui les nomment koroboro. Les Touareg et leurs serviteurs bellah sont eux communément nommés dans la même langue gandjiborey (gens de la brousse). Alors que les djihadistes avancent vers le Sud, un jeune ami qui, sans instruction scolaire, a appris le français par raccroc et sur facebook, est pris dans une de ces conversations politiques que la crise a ravivées. Pour désigner les assaillants, il ne dit pas les islamistes, il ne dit pas les Touareg, ni les bandits armés, ni les djihadistes, il dit spontanément « les éleveurs ». Une attaque de l’éleveur Abel contre le cultivateur Caïn, des nomades Hébreux contre le Canaan des sédentaires ? En langue bamanan, deux vocables expriment la fraternité, ou plutôt la fraternitude, le lien concret qui relie des enfants du même sang. Badenya – le fait d’être enfants de la même mère – désigne l’affection fraternelle. Fadenya – le fait d’être enfants du même père – signifie « rivalité » par référence à la concurrence qui oppose souvent les fratries de familles polygames où chaque épouse veille jalousement au destin de sa couvée. La fadenya n’abolit pas le lien fraternel. Elle peut être un facteur de dépassement de soi. Si les frères rivaux sont à armes égales. Mais lorsque l’un d’eux est armé d’un AK 47 et l’autre de ses seuls poings, la peur, la haine, la destruction, la vengeance abolissent le lien du sang. Azawad : une chimère qui bouge à tout vent En octobre 2011, le régime du lybien Khadafi tombe sous les bombes occidentales et la révolte d’une partie du peuple. Le fantasque dictateur s’était entouré de combattants touaregs. Ceux-ci se retrouvent sans emploi, s’emparent des armes qu’ils peuvent dans les entrepôts éventrés, rentrent au pays. Leurs prétentions prennent la forme d’une chimère. Sous le nom d’Azawad, ils revendiquent la sécession, à leur main, des trois régions nord du Mali, où les Touaregs sont pourtant partout minoritaires. Même s’ils évoquent un hypothétique soutien des autres habitants de la zone, qui ne sont pas demandeurs, ils savent que leur Etat ethnique ne survivrait pas à une élection libre. Leurs cousins salafistes d’Ansar Dine ne s’y trompent d’ailleurs pas. Ils appellent de leurs vœux et de leurs armes, sur toute l’étendue du Mali, une tyrannie religieuse où leur interprétation furieuse de l’Islam et la loi des gangs de la drogue s’imposeront à tous. En janvier 2012, les uns et les autres, alors alliés, signent dans le sang l’ouverture des hostilités, égorgeant dans la petite localité saharienne d’Aguelhoc près d’une centaine de soldats maliens désarmés. Lorsqu’il s’empare de Gao, le MNLA y installe l’insécurité – pillage des banques et des administrations, vols, viols, arbitraire généralisé – ce qui, dans un premier temps, assure une certaine popularité aux narco-djihadistes du Mujao, leurs alliés d’hier, qui les en chassent. A chaque déconvenue militaire, à chaque ouverture politique potentielle, le MNLA change, parfois radicalement, d’objectif politique. Tantôt Azawadiens irréductibles, tantôt Maliens de raison. Tantôt alliés d’Ansar dine, groupe armé touareg fraichement converti au salafisme, tantôt supplétifs autoproclamés de l’armée française engagée « contre le terrorisme ». Déclencheur d’une crise qu’il ne maîtrisera jamais, le MNLA donne, à travers ces contorsions, une démonstration caricaturale de la façon dont le système des arrangements réagit aux variations du rapport de force. Cependant, les lance-roquettes lybiens ne règlent pas la question de fond : comment va recommencer à vivre ensemble une société où s’imbriquent des éleveurs nomades dont le savoir faire irremplaçable valorise une des zones les plus arides de la planète et des sédentaires urbains ou ruraux sans lesquels la vie pastorale manquerait de tout ? Concrètement impraticable, sauf à obtenir la soumission durable d’une grande majorité des habitants attachés au Mali, l’Etat ethnique de l’Azawad revendiqué par le MNLA est à l’image des « solutions » institutionnelles adoptées bon gré mal gré par les nations africaines : copier-coller d’un ordre politique – ici l’Etat national – inventé par d’autres dans un cadre historique et social d’une tout autre nature. Les appels à la négociation sont raisonnables. L’établissement de réseaux stables et fraternels sont en effet possibles et souhaitables. Ils impliqueront nécessairement les adversaires d’aujourd’hui. Depuis des siècles, les uns et les autres usent de processus institutionnels endogènes pour se retrouver après l’orage. L’histoire présente montre que ces chemins anciens ne suffisent plus. Ils indiquent cependant une voie plus féconde que le cauchemar d’un Etat par ethnie. Reste à en inventer les formes nouvelles. Nyangoya : l’esprit de défaite Quatre-vingts ans d’occupation coloniale, c’est long. Quatre-vingts ans où les générations fomentent et se transmettent les ruses de vaincus qui permettent de survivre. Quatre-vingts ans où s’intériorise un état de subordination auquel le colonialisme donne une interprétation raciale, naturelle, biologique. La nyangoya est un vice partout présent, partout mis en débat, partout condamné. La langue française n’a pas d’équivalent exact. Egoïsme ? Jalousie ? Bassesse ? Il y a quelques années, l’émission « A nous la citoyenneté » en a donné à la télévision nationale une figure qui en quelques jours s’est invitée dans tous les échanges. Un personnage du nom de Banyango supplie une divinité de le sortir de la misère. Le fétiche accepte, mais à une condition : tout ce qu’il lui accordera, il en donnera le double à son ami. Une villa à Banyengo, deux à son ami ; cent bœufs à Banyango, deux cents à son ami… Banyango réfléchit, réfléchit. Il répond : n’nyé kélén ci ! Crève-moi un œil ! On peut identifier ce réflexe très répandu, très bien identifié, comme un vice de vaincus : convaincu de ne pas être apte à la grandeur, je mets ma virtuosité dans la petitesse ; plutôt que de voir quelqu’un s’élever, même sans me nuire, je préfère provoquer sa chute et la mienne. Quand elle est actionnée avec la puissance que confèrent les prérogatives publiques, la nyangoya se transforme en pesant couvercle. Une situation nouvelle, qui n’est pas morale, ni directement politique, vient néanmoins perturber ces stratégies mortifères et bouillonne sous le couvercle : l’avènement de la cyber-génération. Le téléphone cellulaire relie désormais les campagnes les plus reculées au reste du monde, aux parents partis en émigration notamment, et Orange est le premier contribuable du Mali. Pour trois cents francs CFA (0,45 €), les « cybers » offrent une heure d’accès aux accrocs de Google et de facebook. L’attrait provoqué par ces nouveaux medias et la simplification orthographique qu’ils autorisent partout façonnent une nouvelle koïnè francophone où les jeunes Africains prennent toute leur place. On se demande parfois si le goût de se faire des « amis » sur facebook ne contribue pas davantage à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture qu’une école en déshérence où un corps enseignant démoralisé et des organisations d’étudiants aux pratiques mafieuses lancent tour à tour des grèves qui peuvent durer six mois sous l’œil indifférent d’un Etat dont l’inertie garantit la tranquillité. Mali kura : génération décomplexée Ces jeunes dont les parents eux-mêmes n’ont pas connu la colonisation prennent ainsi la parole dans des conditions radicalement nouvelles. La figure d’un monde composé d’un centre et de ses périphéries perd de sa consistance. Dans les nouveaux réseaux, « le centre est partout et la circonférence nulle part ». Les nouvelles pratiques émoussent les réflexes d’attraction/répulsion, la tentation de se placer dans le désir de l’autre qui caractérisent le rapport du dominé au dominant. De plus en plus, on voit s’installer des relations décomplexées, claires, tranquilles, efficaces. La situation nouvelle ainsi créée colore et relativise la francophilie qui accompagne l’intervention armée décidée par François Hollande, intervention vécue comme salvatrice par l’écrasante majorité des Maliens. La reconnaissance vis-à-vis de la France et de son armée est sincère. Elle est vigilante aussi, fragile. Tout retour, même supposé, à l’arrogance impériale enflamme les réseaux, par exemple quand les événements donnent le sentiment que la France voudrait se réserver la gestion de la « question touareg ». La fin de la nyengoya ? En tout cas sa mise en cause et le sentiment que son sort est lié au poids de pratiques anciennes, qui parviennent encore à étouffer l’initiative, mais comme un couvercle à l’assise menacée par la marmite en ébullition. Cent exemples d’un Mali qui travaille et se prend en main, d’un Mali kura (Mali nouveau) entreprenant, talentueux, confiant en lui-même viennent contester, ronger, affaiblir, déconsidérer le système qui a « tenu » le pays durant les vingt dernières années. Kotèba : liberté d’expression à la malienne Les cadres de la première république, celle qui naît de l’indépendance, lisaient beaucoup. Les élites de la troisième regardent « Les feux de l’amour » sur leur écran plat. Il n’y a pas, sur toute l’étendue du Mali, une seule librairie qui tienne la comparaison avec une grosse maison de la presse à la française. Dans les années 1960, le régime socialiste de Modibo Keïta soutient une vie culturelle intense à laquelle il assigne, censure aidant, la mission de forger l’homme nouveau. Les militaires qui prennent le pouvoir le 19 novembre 1968 ne sont pas des intellectuels. Ils laissent s’épuiser d’elles-mêmes les formules mises en place par l’ancien régime sans trop s’en préoccuper. Le taux de scolarisation était passé de 7% à 23% durant les huit ans de présidence Modibo Keïta. Il retombe à 21% sous le régime militaire. Des années après le coup d’Etat, l’enseignement du marxisme-léninisme reste le programme officiel de la classe de philosophie et les journées du livre soviétique proposent toujours pour presque rien les classiques de la pensée et de la littérature « prolétarienne ». Mais le cœur n’y est pas. Le renouveau vient d’ailleurs. Le kotèba est une institution politico-culturelle qui prend la forme de saynètes où les tares de la société sont raillées sur le mode burlesque. Dans les années 1980, en pleine dictature militaire, des comédiens courageux adaptent cet art de village à la grande ville et montent des spectacles vigoureusement critiques, qui rencontrent une immense approbation populaire et sont jusqu’à présent identifiés comme un élément déclencheur de la révolte qui fera tomber le régime. Le cinéma lui aussi, en dépit des ruses derrière lesquelles il est contraint de se protéger, produit malgré la dictature des films fervents où les maux de la société sont crument décrits. La révolution de 1991 instaure une liberté d’expression, qui est sans doute un des acquis les plus positifs du nouveau régime, mais paradoxalement, la vie culturelle s’assoupit. Le cinéma se perd peu à peu, sans vraie résistance à l’effondrement du réseau de salles publiques et à l’envahissement télévisuel. Le kotèba se met au service de la publicité commerciale et des ONG humanitaires. Préférant le libre marché à la libre opinion, la presse libre se vend au plus offrant. Faire sa place dans le système des arrangements semble avoir bu toute énergie, polarisé toute faculté intellectuelle, annexé toute imagination. Horonya : inculturer la démocratie En octobre 2012, alors que le Mali est abaissé, humilié par la défaite de son armée, la compagnie théâtrale BlonBa présente au palais de la culture de Bamako un spectacle intitulé Tanyinibougou (la cité de « chacun sa poche »). Le personnage central est repris des kotèba libérateurs qui ont enflammé la fin de la dictature militaire. Malgré la crise, trois mille personnes, dont cinq ministres, font le déplacement. Une heure et demi de satire féroce et désopilante de la corruption. Personne n’est épargné. Du ministre au mendiant. Quand on est au fond du trou, l’autodérision est le premier pas vers la grandeur. Se placer au dessus de soi-même. En rire. La magie du kotèba opère une fois de plus. Ce n’est pas des opinions suspectes diffusées par la presse, ni des débats obscurs de l’Assemblée nationale qu’on attend la critique fiable dont le pays a besoin. C’est de l’antique institution politico-culturelle du kotèba et de ses fictions plus vraies que nature. La toute fin du spectacle évoque l’après-crise : ce qui a manqué à la démocratie, c’est la pratique de la horonya. Un personnage invite à transformer Tanyinibougou en Horonyabougou, la cité de la horonya. Applaudissements fournis. Gorges nouées. Quand on demande à un bamananphone comment dire « citoyenneté » dans sa langue, la première réaction est l’hésitation, car les langues, surtout quand elles disent des civilisations différentes, ne sont pas superposables. Dans le flot du récit théâtral, les auteurs de Tanyinibougou proposent audacieusement horonya. Le mot désigne le statut des hommes libres, de ceux qui disposent d’eux-mêmes, qui ont le droit de cité. La horonya s’accompagne de vertus chantées à chaque mariage, à chaque baptême : vaillance, respect de la parole donnée, libéralité… Dans la société bamanan d’autrefois, ce statut s’oppose à la condition subordonnée des hommes de caste ou des descendants de captifs. Mais le principe républicain l’ouvre à tous. La horonya républicaine s’acquiert sans distinction d’âge, de genre, de naissance ni de condition sociale. Y inviter les trois mille spectateurs de Tanyinibougou, associer ses vertus à la construction par tous de la patrie commune, c’est donner une signification vivante, repérable, désirable, ancrée dans l’imaginaire malien à une « citoyenneté » qui sinon participe à une « langue officielle » – le français – souvent utilisée par les élites pour intimider plutôt que pour se faire comprendre. Les promoteurs de la horonya républicaine rappellent que le logiciel capable de donner toute sa puissance aux particularités du disque dur de l’Afrique ne s’obtient pas par téléchargement. Ce logiciel, c’est la culture africaine vivante telle que l’imaginent les Africains libres d’aujourd’hui. Dans une Afrique en voie d’indépendance, ce que l’Occident nomme question culturelle est une urgence et un préalable politiques de premier rang. Et l’impérialisme dans tout ça ? L’intervention militaire française de l’hiver 2013 a sauvé le Mali d’un péril immédiat. Dans leur écrasante majorité, les Maliens lui en sont reconnaissants. Elle est également le symptôme du déséquilibre abyssal qui subsiste entre l’ancienne puissance coloniale et les pays africains qu’elle gouverna directement, puis influença pesamment depuis près d’un siècle et demi. Si l’armée française a été seule en mesure de réduire l’agression dont le Mali est victime, c’est aussi parce que la tutelle de l’ancienne puissance coloniale reste une donnée fondamentale. Pourtant, elle n’apparaît jusqu’ici dans ce texte qu’en fond d’écran, comme le paysage dans lequel s’inscrivent les événements et les tensions relatés et non comme leur ordonnatrice. C’est à dessein. Présenter l’impérialisme français comme le deus ex machina de tous les malheurs de l’Afrique est un parti-pris dépressif et quelque peu narcissique qui empêche de voir les modifications des rapports de force aujourd’hui à l’œuvre et d’agir efficacement sur eux, au Mali comme en France. Durant les deux mandats d’Amadou Toumani Touré, les permis de recherche pétrolière n’ont pas été accordés à Total, mais pour l’essentiel à la Sonatrach, une entreprise publique algérienne et dans une moindre part à des entreprises aux allures de prête-nom. Les mines d’or sont exploitées par des compagnies maliennes, sud-africaines, canadiennes, australiennes, et non pas françaises. Le pouvoir sarkozyste n’est jamais parvenu à faire signer au Mali un accord de rapatriement des immigrés expulsés. Le président Amadou Toumani Touré avait d’ailleurs malicieusement confié cette négociation à un ancien ouvrier longtemps émigré en région parisienne, militant notoire du parti communiste français. Le fameux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar vécu comme une insulte faite à l’Afrique, les visas délivrés au compte-goutte et aux prix d’humiliations absurdes ont paradoxalement libéré les esprits : à l’agressivité inquiète, sœur de l’amour déçu, a peu à peu succédé une indifférence teintée de mépris. Avec la participation française à la libération du Nord, la donne a changé. Mais les cyclomoteurs Peugeot, remplacés par la marée des « Djakarta » chinoises, ne reviendront pas dans la circulation bamakoise. Quand elles ont besoin de soins complexes, les élites maliennes vont désormais se faire ausculter au Maroc, en Afrique du Sud, au Brésil ou dans les pays du Golfe. Tout comme la reconnaissance, somme toute assez rationnelle, dont bénéficie la France engagée contre les djihadistes, cette distance subjective prise avec l’ancienne tutelle est un élément du rapport de force, un fait politique. Les drapeaux français agités de bon cœur dans les rues de Tombouctou n’empêchent pas une vigilance sourcilleuse chaque fois qu’à tort ou à raison, Paris est soupçonné de vouloir se substituer aux autorités maliennes. Le pouvoir économique et politique de l’Occident n’a pas disparu, mais il est aujourd’hui en crise, contrebalancé par la vague des puissances « émergentes », avec lesquelles les questions de dépendance sont posées à nouveau frais. Les injonctions des institutions financières internationales, la dette, les politiques d’ajustement structurel témoignent de la pression que la conduite capitaliste et occidentale fait peser sur le monde. En imposant partout les formules institutionnelles consacrées par le libéralisme, elles bloquent et stérilisent la nécessaire invention d’une culture politique intériorisable par les peuples. Au Mali, l’obligation d’instaurer les formes occidentales de la propriété foncière, alors que les terrains « concédés » par l’Etat ou attribués par le chef de village conféraient naguère un droit d’usage quasi équivalent à celui d’un « titre foncier », produit spoliations (parfois massives dans le cas des terres agricoles), corruption, différends judiciaires qui alimentent le mépris de l’Etat et la méfiance entre citoyens. Mais l’impact de ces injonctions est brouillé par des réalités qui leur échappent. C’est d’un Etat privatisé par la corruption qu’on exige de privatiser « à l’occidentale » le train, le téléphone ou le commerce du coton. C’est à une société qui tient et se développe en grande partie par son secteur dit « informel » (comme si ce que l’empire n’a pas formé était sans forme) qu’on délivre les bons conseils de la régularité libérale. A contrario, ce brouillage touche aussi un altermondialisme d’inspiration socialiste et euro-sud-américaine, qui mord peu sur l’opinion malienne et dont les recettes souvent teintées d’étatisme peinent à convaincre dans un pays où les prérogatives publiques sont elles-mêmes mises sur le marché. Le Mali, l’Afrique sont condamnés à inventer les formes de leur développement, de leur solidarité sociale, de leur démocratie, de leur indépendance. La figure achevée sera nécessairement singulière et sans doute inattendue. [1] Deux ans et demi plus tard, le capital de sympathie accumulé lors de l’intervention militaire française est recouvert par le soupçon d’un soutien de la France au MNLA et les vieux griefs qui ne pourront s’éteindre qu’après avoir définitivement redressé les déséquilibres issus du colonialisme. de JL Sagot-Duvauroux Source : https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/2015/07/13/quelques-traits-du-mali-en-crise-retour-sur-la-crise-de-2012-2013/

vendredi 19 juin 2015

LES ORIGINES DE LA CRISE MALIENNE (LA PASSIVITE DU PEUPLE)
Notre nation traverse une crise existentielle à laquelle nous devons faire face. Il se trouve, en revisitant notre histoire toute récente, que nous en sommes les véritables responsables. Et pourtant, matin, midi et soir, nous cherchons et recherchons des boucs émissaires à nos malheurs. Revisitons notre récente histoire !
En 2006, le Mali signe, dans l’indifférence quasi-générale, l’accord d’Alger qui démilitarise nos régions du Nord. Les Maliens, dans leur grande majorité, ne rechignent point. En 2009, Wikileaks délivre par hasard des informations diplomatiques transmises à Washington. L’armée du Mali est décrite en substance comme une armée de généraux, incapable, sous équipée, et mal entraînée. Notre ego n’est pas atteint et aucune remise en cause n’est effectuée. En 2010, la Mauritanie et l’Algérie trouvent que le Mali est le maillon faible de la lutte contre le jihadisme dans le Sahel. Encore une fois, zéro remise en cause.
Pour justifier la chute d’ATT, la bande à Sanogo disait que l’armée manquait de tout : armes, munitions, repas. Tout ce qui, à l’évidence, était faux. Sanogo le reconnaîtra sur youtube dans une vidéo encore disponible au titre » Sanogo en colère contre ses hommes à Konna’‘ Vous l’aurez remarqué, tous les errements et manquements évoqués plus haut sont l’œuvre de Maliens de souche.
La bêtise continue
Bizarrement, IBK, élu pour redonner espoir au peuple malien, excelle dans la fanfaronnade. Il est le président des surfacturations de l’avion et des équipements militaires. Et pourtant, aucun Malien n’est sorti pour manifester son mécontentement. La faute incombera ensuite aux autres. Nos fameux ennemis.
Le Végal vient de remettre son rapport 2013-2014. Plus de 153 milliards Fcfa de fraudes et/ou de manque à gagner, zéro Malien dehors pour dire : ça suffit IBK. On exige des sanctions. Pis, IBK se fout du peuple en parlant de philosophie et de morale pour sensibiliser les voleurs de la République. Mieux, Mohamed Aly Bathily qui essayait d’assainir la justice avec, il faut le reconnaître, une certaine publicité, fut débarqué et remplacé par un inexistant, invisible, incapable, inefficace ministre de la Justice. D’ailleurs comment s’appelle-t-il ?
Mme Jacqueline, ministre de l’Education qui commençait à se débarrasser des fraudeurs aux examens, fut débarquée. Pis, les fraudeurs ont presque tous regagné leur poste.  Tout cela, dans une indifférence presque générale de notre société civile et de nos grand-gueules altermondialistes, de nos patriotes de circonstance. Après, ça sera encore la faute aux autres. Nos fameux ennemis. Mais où est Aminata Dramane Traoré ? Il est plus facile de critiquer l’Occident démocratique que nos potentats locaux. Un contrôle fiscal arrive vite !
Examen de conscience
Tout ce qui nous arrive est et demeure notre faute. Probablement par inconscience, évidemment par cupidité. La peur de se faire détester par le prince du jour. Nos ennemis, si ennemis il y a, profitent de nos vices. De bonne guerre. Évitons de chercher des boucs émissaires. La corruption de notre élite politique, à commencer par Koulouba, est la racine de notre mal. Notre inaction aidant. Nous ne duperons personne. Le monde entier nous observe et sait aussi réfléchir. Commençons par balayer devant notre porte.
Le drame du Mali, c’est que le pouvoir d’IBK, bien que né d’une crise, est le pire des régimes que notre pays ait connus. C’est triste, mais hélas, c’est ainsi. Que voulez-vous ?